Chaque année, des millions de requins disparaissent des océans sans que le grand public en prenne véritablement conscience. Derrière les images de prédateurs terrifiants véhiculées par la culture populaire se cache une réalité bien plus nuancée : celle d’animaux essentiels à l’équilibre des mers, victimes d’une pêche intensive et d’idées reçues tenaces. Entre réglementations insuffisantes, commerce controversé des ailerons et effondrement silencieux des populations, la pêche au requin cristallise des enjeux écologiques, économiques et éthiques majeurs. Décryptage.
Table des matières
Introduction à la pêche au requin : mythes et réalité
Une pratique ancienne aux enjeux contemporains
La pêche au requin ne date pas d’hier. Pratiquée depuis des siècles dans de nombreuses cultures côtières, elle s’est transformée au fil du temps en une industrie mondiale aux conséquences écologiques profondes. Aujourd’hui, on estime que près de 100 millions de requins sont prélevés chaque année dans les océans, que ce soit de manière ciblée ou comme prises accessoires. Ce chiffre vertigineux contraste avec la lenteur de reproduction de ces animaux, dont certaines espèces ne donnent naissance qu’à quelques individus par an.
La réglementation en France : un cadre strict mais incomplet
En France, la pêche au requin est encadrée par des textes précis. Certaines espèces peuvent être légalement pêchées dans les eaux atlantiques et méditerranéennes, comme le requin peau bleue (Prionace glauca). D’autres, en revanche, font l’objet de restrictions sévères. Le requin taupe commun (Lamna nasus), par exemple, est soumis depuis 2011 à des interdictions de pêche entre mai et octobre dans les eaux européennes, en raison de son statut vulnérable et de ses périodes de reproduction critiques. Des quotas stricts s’appliquent à l’échelle européenne pour les espèces encore autorisées.
- Le requin peau bleue : espèce encore autorisée sous conditions
- Le requin taupe commun : interdit de pêche en période de reproduction
- De nombreuses autres espèces : protégées par des textes européens et internationaux
Ce cadre réglementaire, bien qu’existant, reste insuffisant face à l’ampleur des prélèvements illégaux et non déclarés qui se poursuivent à l’échelle mondiale.
Avant d’examiner pourquoi ces animaux souffrent autant d’une mauvaise image, il convient de comprendre comment cette réputation s’est construite et ce qu’elle doit à la réalité.
Les requins : victimes d’une réputation erronée
Le mythe du prédateur sanguinaire
La représentation du requin comme une machine à tuer impitoyable est profondément ancrée dans l’imaginaire collectif. Le film Les Dents de la mer (1975) a joué un rôle déterminant dans la construction de cette image, alimentant une peur irrationnelle qui persiste encore aujourd’hui. Pourtant, les données scientifiques racontent une tout autre histoire. Les requins ne ciblent pas délibérément les êtres humains : la grande majorité des attaques recensées résulte d’une confusion avec des proies naturelles, notamment des phoques ou des poissons.
Des chiffres qui relativisent le danger
Les statistiques mondiales sur les interactions entre requins et humains révèlent une réalité bien moins dramatique que ce que les médias laissent entendre.
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Attaques de requins non provoquées par an (moyenne mondiale) | Environ 70 à 80 |
| Décès liés aux requins par an | Moins de 10 |
| Requins tués par les humains chaque heure | Environ 11 400 |
| Humains tués par des requins chaque année | Moins de 10 |
Le rapport est sans appel : les humains représentent une menace infiniment plus grande pour les requins que l’inverse. Cette distorsion de perception a des conséquences directes sur les politiques de protection, souvent freinées par une opinion publique peu encline à défendre des animaux qu’elle redoute.
Un comportement complexe et mal compris
Les requins sont des animaux dotés de comportements sophistiqués, influencés par de nombreux facteurs environnementaux : disponibilité des proies, température de l’eau, salinité, ou encore présence de congénères. Leur comportement n’est ni aléatoire ni systématiquement agressif. Certaines espèces, comme le requin baleine ou le requin nourrice, sont particulièrement pacifiques et ne représentent aucun danger pour l’homme.
Cette mauvaise réputation ne se limite pas à freiner la protection des requins : elle masque également leur rôle fondamental dans les océans, un rôle que la science commence seulement à mesurer pleinement.
L’importance écologique des requins dans les écosystèmes marins
Des prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire
Les requins occupent, pour la plupart des espèces, le sommet ou un niveau très élevé de la chaîne trophique marine. Ce positionnement leur confère un rôle de régulateur naturel essentiel. En contrôlant les populations de poissons de taille intermédiaire, ils empêchent la surpopulation de certaines espèces et maintiennent ainsi la diversité biologique des océans. Sans eux, des déséquilibres en cascade se produisent, avec des effets parfois irréversibles sur les écosystèmes.
Les cascades trophiques : un mécanisme aux conséquences graves
Le concept de cascade trophique désigne la réaction en chaîne qui se produit lorsqu’un prédateur de sommet disparaît d’un écosystème. Dans le cas des requins, les conséquences observées sont préoccupantes :
- La diminution des requins entraîne une surpopulation de petits prédateurs comme les raies
- Ces petits prédateurs déciment les populations de coquillages et de poissons herbivores
- La disparition des herbivores provoque une prolifération d’algues
- Cette prolifération étouffe les récifs coralliens, déjà fragilisés par le changement climatique
Des études menées sur les côtes est des États-Unis ont montré que la raréfaction des requins avait conduit à l’effondrement de la pêche aux coquilles Saint-Jacques, illustrant concrètement l’impact économique de la disparition de ces prédateurs.
Les requins et la santé des océans
Au-delà de leur rôle dans la chaîne alimentaire, les requins contribuent à la santé globale des océans de plusieurs manières. Leur présence favorise une répartition équilibrée des espèces dans l’espace marin, évitant la concentration excessive de certains poissons dans des zones particulières. Ils participent également au recyclage des nutriments en consommant des animaux malades ou morts, limitant ainsi la propagation de maladies dans les populations marines.
Ce rôle écologique irremplaçable rend d’autant plus alarmante la situation actuelle des populations de requins à l’échelle mondiale, une situation directement liée à l’intensification de la pêche.
La surpêche des requins : un impact mondial alarmant

Des chiffres qui donnent le vertige
L’ampleur des prélèvements de requins dans les océans est difficilement concevable. Depuis les années 1970, les populations mondiales de requins et de raies ont chuté de 71 %, selon les estimations scientifiques les plus récentes. Cette hémorragie démographique est principalement alimentée par la demande mondiale en chair, en ailerons et en autres produits dérivés. Les pratiques de pêche non déclarées aggravent encore ce bilan, rendant tout contrôle efficace extrêmement difficile.
| Indicateur | Données |
|---|---|
| Requins prélevés chaque année | Environ 100 millions |
| Chute des populations depuis les années 1970 | -71 % |
| Part des océans réellement protégés | Moins de 1,5 % |
| Espèces de requins menacées d’extinction | Plus d’un tiers |
Les causes de cette surpêche
La surpêche des requins résulte d’une combinaison de facteurs économiques, culturels et réglementaires :
- La demande en ailerons, notamment en Asie, où la soupe aux ailerons de requin est un mets de prestige
- La pêche accessoire, qui capture des requins de manière non intentionnelle dans des filets destinés à d’autres espèces
- L’absence ou l’inefficacité des réglementations dans de nombreuses zones de pêche internationale
- La pêche illégale, non déclarée et non réglementée, qui échappe à tout contrôle
- La faible protection des zones marines : moins de 1,5 % des océans bénéficient d’une protection effective
Une biologie qui aggrave la situation
Les requins sont particulièrement vulnérables à la surpêche en raison de leur biologie même. Contrairement à de nombreux poissons osseux, ils se reproduisent lentement, atteignent la maturité sexuelle tardivement et donnent naissance à peu de jeunes par portée. Certaines espèces ne se reproduisent qu’une fois tous les deux ans. Cette faible capacité de renouvellement rend la reconstitution des populations extrêmement lente, même lorsque la pression de pêche diminue.
Au cœur de cette surpêche se trouve une industrie particulièrement décriée : celle du commerce des ailerons, dont les pratiques soulèvent des questions éthiques et écologiques fondamentales.
Le commerce des ailerons de requins : une industrie en débat
Le finning : une pratique barbare encore répandue
Le finning désigne la pratique qui consiste à couper les ailerons d’un requin vivant avant de rejeter l’animal à la mer, où il mourra asphyxié ou dévoré. Cette technique, particulièrement cruelle, est motivée par des raisons économiques : les ailerons représentent la partie la plus valorisée du requin, et transporter des carcasses entières coûte beaucoup plus cher en espace de stockage. Bien qu’interdite dans de nombreux pays, cette pratique reste courante dans des zones peu contrôlées.
Un marché lucratif aux dimensions mondiales
Le commerce des ailerons de requins génère des revenus considérables, principalement alimentés par la demande en Asie du Sud-Est. La soupe aux ailerons de requin, plat traditionnel servi lors des grandes occasions en Chine et dans d’autres pays asiatiques, est au cœur de ce marché. Le kilogramme d’aileron séché peut atteindre plusieurs centaines d’euros, faisant de ce commerce l’un des plus lucratifs liés aux produits de la mer.
- Les principaux pays importateurs : Chine, Hong Kong, Singapour, Thaïlande
- Les principaux pays exportateurs : Indonésie, Espagne, Inde, Singapour
- Une demande en légère baisse ces dernières années grâce aux campagnes de sensibilisation
Les débats autour de la réglementation
La question de l’interdiction totale du commerce des ailerons divise. D’un côté, les défenseurs de l’environnement plaident pour une prohibition mondiale immédiate. De l’autre, certains acteurs économiques et gouvernements de pays pêcheurs arguent que des réglementations progressives et des quotas stricts seraient plus efficaces qu’une interdiction brutale. Plusieurs pays ont déjà franchi le pas, comme le Canada, qui a interdit l’importation et l’exportation d’ailerons de requins. L’Union européenne a également renforcé ses règles en interdisant le finning dans ses eaux.
Face à l’ampleur des dégâts causés par cette industrie et par la surpêche en général, des initiatives de protection ont vu le jour aux quatre coins du globe, avec des résultats encourageants mais encore insuffisants.
Initiatives pour la protection des requins et leur habitat
Les aires marines protégées : un outil encore trop limité
La création d’aires marines protégées (AMP) constitue l’un des principaux leviers pour permettre aux populations de requins de se reconstituer. Pourtant, moins de 1,5 % des océans bénéficient d’une protection réelle et efficace. Les AMP existantes sont souvent mal surveillées, sous-financées, ou trop petites pour couvrir les vastes zones de déplacement des requins migrateurs. Des experts appellent à une augmentation significative de ces zones protégées, avec un objectif de 30 % des océans protégés d’ici 2030, conformément aux engagements internationaux de biodiversité.
Les conventions internationales et les listes rouges
Sur le plan juridique, plusieurs instruments internationaux contribuent à la protection des requins :
- La Convention sur le commerce international des espèces sauvages menacées (CITES) : elle encadre le commerce de nombreuses espèces de requins en exigeant des permis d’exportation et des preuves de durabilité
- La Liste rouge de l’UICN : elle classe les espèces selon leur niveau de menace et oriente les politiques de conservation
- Les accords régionaux de pêche : comme les mesures européennes sur le requin taupe, ils fixent des quotas et des périodes de fermeture
La sensibilisation et l’engagement citoyen
La protection des requins passe aussi par un changement des mentalités. De nombreuses organisations non gouvernementales mènent des campagnes de sensibilisation auprès du grand public, des consommateurs et des décideurs politiques. Ces efforts commencent à porter leurs fruits : la demande en soupe aux ailerons a baissé dans certains pays asiatiques, et des enseignes de la restauration ont retiré ce plat de leurs menus. L’éducation et la communication scientifique jouent un rôle central dans cette évolution des comportements.
La protection des requins ne repose pas uniquement sur des interdictions : elle peut aussi s’appuyer sur des modèles économiques alternatifs, notamment le tourisme, qui offre une valeur bien supérieure à un requin vivant qu’à un requin pêché.
Requins et tourisme : une alternative économique durable

Le requin vivant vaut plus que le requin pêché
Des études économiques menées dans plusieurs régions du monde ont démontré de manière convaincante que le tourisme de plongée centré sur les requins génère des revenus bien supérieurs à ceux de la pêche. Aux Maldives, par exemple, un requin récifal vivant a été estimé à plusieurs centaines de milliers de dollars sur l’ensemble de sa vie, contre quelques dizaines de dollars s’il était pêché. Cette réalité économique constitue un argument puissant en faveur de la protection de ces animaux.
| Comparaison | Requin pêché | Requin vivant (tourisme) |
|---|---|---|
| Valeur estimée | Quelques dizaines d’euros | Plusieurs centaines de milliers d’euros sur sa vie |
| Impact sur l’écosystème | Négatif | Neutre ou positif |
| Durabilité économique | Faible | Élevée |
Les destinations phares du tourisme requin
Plusieurs destinations dans le monde ont fait des requins un atout touristique majeur, attirant des plongeurs du monde entier :
- Les Maldives : célèbres pour leurs requins baleines et leurs requins récifaux
- Les îles Galápagos : sanctuaire pour les requins marteaux et les requins des Galápagos
- L’Afrique du Sud : connue pour ses plongées en cage avec le grand requin blanc
- La Polynésie française : où les plongées avec les requins sont une activité emblématique
Pour pratiquer ces activités dans les meilleures conditions, les plongeurs s’équipent de matériel spécialisé : combinaisons, bouteilles, palmes et masques de plongée font partie des équipements indispensables.
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Un modèle à développer et à encadrer
Le tourisme requin n’est pas sans risques ni sans limites. Une fréquentation trop importante peut perturber le comportement naturel des animaux et dégrader les écosystèmes marins. Des pratiques responsables s’imposent : limitation du nombre de plongeurs par site, interdiction de nourrir les requins, respect des distances minimales. Lorsqu’il est bien encadré, ce tourisme constitue un puissant levier de conservation, car il incite les communautés locales et les gouvernements à protéger ces animaux plutôt qu’à les pêcher.
La pêche au requin concentre à elle seule les grandes contradictions de notre rapport aux océans : exploitation à court terme contre préservation à long terme, mythes tenaces contre réalité scientifique, intérêts économiques immédiats contre nécessité écologique. Les populations de requins ont chuté de 71 % depuis les années 1970, sous l’effet combiné de la surpêche, du commerce des ailerons et de la destruction des habitats. Pourtant, des solutions existent : renforcement des aires marines protégées, encadrement strict du commerce, développement du tourisme responsable et, surtout, déconstruction des peurs irrationnelles qui freinent encore trop souvent les politiques de protection. La survie des requins est indissociable de la santé des océans, et donc de la nôtre.








